Marcel Hüppauff : Lost in translation?

Quand on entre dans une galerie, parfois le coup de foudre est immédiat et parfois il faut un certain temps d’adaptation, le temps de promener ses yeux à la recherche d’indices, d’angles de vues, pour se questionner et ressentir. Et si cela peut apparaître difficile, choquant, ou déstabilisant, il faut quelques fois fléchir, savoir se perdre dans les méandres de l’inconnu, pour mieux se retrouver… Avoir la chance d’avoir des artistes internationaux à Troyes, c’est l’occasion de dégripper son anglais mais surtout d’ouvrir les portes et de sortir des sentiers battus avec Marcel Hüppauff.

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T.C. Marcel Hüppauff des comics un peu psychédéliques apparaissent dans l’expo, aux allures de Charlie Brown perdus dans un tourbillon de couleurs, au départ il y a le dessin ?

« En fait, je pense que le média ne compte pas, je pense que je suis peut-être peintre mais j’aime aussi dessiner. Peinture ou dessin, il s’agit plus de l’énergie et ce que l’on fait avec elle ou de quelle façon on peux utiliser les matériaux contre eux-mêmes et peut-être même contre nous-même.

J’essaie de trouver la lumière intérieure des couleurs que j’utilise, afin que les toiles puissent briller par elles-mêmes, j’admire beaucoup les peintures de Titien pour cela. »

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T.C. Et  de cette lumière ressortirait-il selon vous plus de paix ou de violence ?

« C’est peut-être les deux, au-delà d’une énergie de combat et pour dépasser ce genre de dualité… D’une certaine façon, il est stupide de peindre de nos jours, et peut-être que ça l’a toujours été.

Parce que, bien sûr, le monde s’effrite, tout s’effondre, c’est la terreur tous les jours, et pourtant nous sommes encore en train de peindre. On ne sauve pas des vies, c’est ridicule mais d’une bonne façon tout de même… L’art peut peut-être changer les choses en donnant de l’espoir, en touchant les gens et en faisant penser différemment.

Je ne suis pas dans l’illustration, je ne fais pas des dessins politiques. Je suis peut-être un artiste très naïf et fou mais je fais ce que j’ai à faire. Je pense que l’art doit d’abord vous toucher, vous le ressentez, et ensuite il doit vous faire réfléchir à ce qui se passe en-dedans. »

T.C. Et d’où viennent vos couleurs et vos harmonies ?

« J’essaie d’utiliser des couleurs comme des notes, ça commence par l’harmonie, quelque chose d’assez zen, puis ça va au-delà, pas à pas. L’harmonie peut être ennuyeuse comme la symétrie…  La belle peinture peut vite être ennuyeuse, l’art doit vous prendre, pas simplement vous séduire. Parfois, ça prend beaucoup de temps, ça change et mon point de vue aussi. Donc, on ne sait pas quand c’est fini. Parfois j’y retourne plusieurs fois, et parfois c’est rangé pendant des mois et puis je regarde le tableau et je sais que c’est fait… pour l’instant.

Dans mes derniers travaux, il semble y avoir plus de figures. En fait, j’avais peur des dessins animés, et j’ai dû faire face à ces cauchemars et les accepter comme faisant partie des peintures.

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T.C. Et si votre peinture était une musique, quel genre cela pourrait être ?

« C’est dur, peut-être un mélange entre hip hop et Schoenberg, peut-être de la musique classique d’avant-garde et du trap. Mais pas comme un mix, plutôt une double écoute en simultané.

J’aime les deux! »

Et cette musique présente à coup sûr de multiples sonorités, tantôt graves et puissantes ou tantôt légères et fragiles comme une mélodie d’enfant. Un regard pur et une apparente maladresse, pour mieux aller à l’essentiel au-delà des codes et des attendus, c’est sans provocation mais non sans humour, que Marcel nous défie et nous promène avec force entre ses dessins et ses peintures dans un monde qui tournerait définitivement davantage par l’énergie que par le sens.

“Paintings and drawings”, Marcel Hüppauff, jusqu’au 3 août 2019, galerie Phantom Projects Contemporary à Troyes.

Pour en voir / en savoir plus :

http://www.marcelhueppauff.com/

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When you enter an art gallery, sometimes it is love at first sight and sometimes it takes some time to adapt, the time to walk your eyes in search of clues, angles of views, to find and feel. And if it may seem difficult, shocking, or destabilizing, it is sometimes necessary to eat humble pie, to know how to lose oneself in the meanders of the unknown, to better find the way after ! And each chance to meet international artists in Troyes is an opportunity to unpack your English language but above all to open the doors and get off the beaten track with Marcel Hüppauff.!

T.C. Marcel Hüppauff of the somewhat psychedelic comics appear in the exhibition, with the allure of Charlie Brown lost in a whirlwind of colors, at the beginning there is the drawing?

« In fact I think the media doesn’t matter, I think that I am maybe a painter but I like drawing as well. Painting or drawing, it’s more about the energy and what you do with it or in which way you can use the materials against themselves and propably even yourself.

I am trying to find the inner light of the colors I am using, so they might be able to shine by themselves, I definitely admire Titien’s paintings for that. »

T.C. And it could appear more a kind of peace or violence?

« It’s maybe both, beyond a fighting energy and to pass this kind of duality…Somehow today it’s stupid to paint nowadays/maybe it always has.

Because of course the world is ending, everything is collapsing, it’s terror every day and yet we are still painting. You’re not saving lives, it’s ridiculous but ridiculous in a good way. Art can maybe change things by giving hope and by touching and making people think differently.

It’s not in an illustrative way, not political illustrations, I might just be a very naiv and crazy artist and I do what I have to do. I think it has to touch you at first, you feel it, and then it has to make you think about it, to what’s going on in there. »

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T.C. And from where come yours colors and your harmonies ?

« I try to use colors like notes, it starts with harmony but then it goes beyond, one step forward, maybe from a zen thing to a next level. Harmony can be boring like symmetry… You know I’m very bored with nice painting, it must be something that has to take you. Sometimes it takes a long time, it changes and my perspective does too. So you don’t know when it’s finished. Sometimes I go back many times, and sometimes I put it away for months and then I look a the painting and I know it’s done-for now.

In the new painting there seem to be more figures. In fact I was afraid of cartoons, and I had to face those nightmares and accept them as part of the paintings.

T.C. And if your painting was a music, what kind of music could it be ?

« It’s hard, maybe a mix between hip hop and Schoenberg, maybe avant-garde classical music and trap. But not as a mix or crossover. I think you might be able to hear both of them simultaneously.

I like both! »

This music certainly presents multiple sounds, sometimes low and powerful or sometimes light and fragile like a child’s melody. A pure look and an apparent awkwardness, in order to better go to the essential beyond the codes and the expected, it is without provocation but not without humor that Marcel challenge and walk us forcefully between his drawings and paintings in a world that would definitely turn more by the energy than by the meaning.

“Paintings and drawings”, Marcel Hüppauff, until August 2019, Phantom Projects Contemporary gallery, Troyes.

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