Victor Loiselet, chaud devant !

On a parfois tendance à avoir une idée du verre un peu froide, voire glaçante… avec Victor Loiselet autant vous le dire tout de suite : pas du tout ! Ici le verre est en fête, il s’exhibe, réchauffe, réconforte, et restitue joyeusement son feu originel. Des monstres gentils aux courbes électriques dansent  dans un monde de couleurs vives, aux fleurs acidulées, d’où émane un parfum d’enfance un peu shadokien, espiègle et poétique. Artisan avant de devenir artiste, Victor Loiselet maîtrise son sujet et joue amoureusement avec les textures et les techniques pour créer des œuvres exubérantes et tactiles, à dévorer aussi avec les doigts ! L’artiste nous reçoit dans son bel atelier de Vaudes, un lieu un peu hors du temps, où se promènent quelques objets d’antan, et où il fait immédiatement bon vivre. Un lieu qu’il a imaginé et en grande partie conçu de ses mains, berceau désormais de son univers décalé et généreux, débordant de sourires et de vie.

 

T.C. Alors Victor, comment ça a commencé le travail d’artiste ?

« C’est une longue question !  À la base je ne me considère pas du tout comme un artiste,  mais c’est venu assez naturellement, j’ai été éduqué avec une mère sculptrice en céramique, dans une famille qui de manière  générale s’intéressait à l’art. J’aimais bien le dessin et je n’aimais pas l’école, j’ai donc rapidement fait le choix des métiers manuels. Une formation au lycée technique Lucas-de-Nehou à Paris m’a amené ensuite à l’atelier Vinum en 2002, dans le vitrail, avec un apprentissage très technique qui m’a plût. J’y suis resté 13 ans.

En parallèle j’ai découvert le travail du fusing (superposition de couches de verres en fusion à 800 degrés) avec Fernando à León en 1999, puis avec l’artiste Udo Zembok. Et tout ça a pris de plus en plus d’importance, avec le thermoformage, et le travail d’empreinte qui permet une multitude de possibilités : obtenir une face lisse lorsque le verre fond sur un support, donner une forme avec des trous et des pointes, et parfois faire sortir un rendu plus givré dans tout ce qui est à l’intérieur du moule, un peu comme moi ! Petit à petit on grandit avec, et je pense qu’on a chacun en nous quelque chose à donner, un besoin de s’exprimer qui ne m’était pas forcément permis dans mon métier d’artisan. J’ai donc créé mon atelier chez moi à la Villeneuve dans un appentis, et j’ai débuté mes pièces avec les fibres assez rapidement. J’ai postulé à une exposition à l’UTT en 2008 sur le thème du verre, sans savoir où j’allais, et je me suis retrouvé aux côtés d’autres artistes Jean-François Lemaire et Flavie Serrière Vincent-Petit  avec ses verrières, et mon travail a été finalement bien accueilli ! Mais je continue également parallèlement à faire de la restauration de vitrail, un métier beaucoup plus « sérieux », avec des cahiers des charges à suivre rigoureusement et des opérations qui s’apparentent alors plus à de la médecine avec des pièces à soigner. »

T.C. Et d’où vient votre univers si joyeux et farfelu ?

« Je préfère les choses gaies que tristes ! Mon nom Loiselet m’a peut-être aussi attiré vers les oiseaux et la voltige, puis de fil en aiguille vers les rêves et la poésie. J’aime bien faire des pièces propres techniquement, bien finies, mais avec de la fantaisie, et qui explosent de couleurs. J’essaie de donner à mes sculptures en verre, ou en verre et métal, un équilibre déstructuré. Quelque chose qui peut être bancal mais en équilibre. C’est un petit peu le sens de la vie après tout, tout se maintient comme ça, un peu tordu, comme un enfant qui apprend à marcher : il avance, il tient debout, il est près à tomber et se retient en gardant un équilibre. Et la couleur apporte une vision positive, il y a bien assez de trucs tristes, ça ne sert à rien de se morfondre ! Même si marier les couleurs n’est pas forcément quelque chose d’inné et simple.

À la base je pars toujours de petits croquis qui viennent rapidement et que j’agrandis pour garder toute l’énergie du trait, sa nervosité, et la restituer en sculpture. Le trait dure 5 secondes et après il faut que je réfléchisse la pièce dans l’espace, avec tout le travail de graphisme, et enfin la couleur, c’est tout un ensemble. Je vais même jusqu’à leur donner des noms pour les rendre vivantes et créer à chacune leur propre histoire : Croc mi-Croc moi, Malabar Circus, Clownabec…

Mais contrairement à la peinture, dans le verre on n’a pas le droit à l’erreur : on prépare, on cuit, et c’est finit ! Des pièces peuvent parfois se fendre une semaine après la cuisson, il y a peu de place à l’aléatoire et j’essaie de maîtriser un maximum pour aller à l’idée souhaitée, même si parfois il peut y avoir des choses qui ne sont pas voulues… c’est d’ailleurs souvent en faisant des erreurs qu’on avance dans la technique. »

T.C. Et vous avez des expositions prévues ? Dans ce bel atelier notamment ?

« L’atelier n’est pas encore ouvert, c’est encore en travaux, mais c’est prévu. Pour les ouvertures d’atelier au mois de mars,  j’irai chez mon copain artiste Julien Martin, avec Olivman, et quinze jours après je les recevrai dans mon atelier avec Delphine Regneault, qui travaille le fil de fer. Il y aura également Astrid Jo, et Patrick Guérin, qui joue avec Olivman, pour apporter une ambiance musicale. Il faut que je finisse de ranger et que je termine quelques finissions, mais ça c’est en projet.

J’expose sinon au Cube du 8 au 11 février à l’occasion du salon des métiers d’art sur le thème « Au fil du Verre », à Troyes. Il faut que je me magne de finir mes sculptures d’ailleurs ! En fait j’ai toujours travaillé dans l’urgence, quand j’ai exposé à la galerie Artes en 2012 il me fallait quinze sculptures et 3 mois avant je n’en avais que trois… je travaillais encore à l’atelier Vinum à ce moment-là, mais je me suis mis dessus sur tout mon temps libre. La dernière semaine j’ai du dormir 5 heures, à la fin j’étais cuit, mais j’ai finalement rendu mes 18 pièces ! »

Pour en voir / savoir plus :

Victor Loiselet

Salon des métiers d’art : « Au fil du verre », 8 au 11 février 2019.

 

 

Fabien Prost, Troyes Couleurs.

 

 

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Victor Loiselet, hot stuff !

 

We sometimes tend to have an a little bit cold, even icy, idea of glass… with Victor Loiselet, not at all! Here the glass celebrates, it shows itself, warms, comforts, and restores cheerfully its original fire. Kind monsters to electric curves dance in a lively colors world, in the slightly acid flowers, from where emanates a childhood perfume, roguish and poetic. Craftsman before becoming an artist, Victor Loiselet masters his subject and plays lovingly with textures and techniques to create exuberant and tactile works, to devour also with fingers! The artist receives us in his beautiful workshop of Vaudes, a little bit timeless place, where some objects of former days walk, and where it feels definitely good to live. A place which he imagined and largely conceived himself, actual cradle of his moved and generous universe, brimming with smiles and life.

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T.C. Then Victor, how’s that began the work as artist?

 » It is a long question! First I don’t consider me as an artist at all, but it came rather naturally, I was educated with a ceramic sculptor mother, in a family which was interested in the art in a general way. I liked drawing and I did not love school, I chose thus quickly handicrafts. A training in the technical high school Lucas-de-Nehou in Paris brought me then to the Vinum workshop in 2002, in the stained-glass window craft, with a very technical apprenticeship which I loved. I stayed there 13 years.

In parallel I discovered the work of the fusing (superimposing layers of glasses in fusion at 1470°F) with Fernando in León in 1999, and then with the artist Udo Zembok. And that took more and more importance, with the thermoforming, and the work of imprint which allows a multitude of possibilities: to obtain a smooth face when the glass melts on a support, to give a shape with holes and points, and sometimes a more frosted aspect in all which is inside the mold. Little by little we grow up with, and I think that we all have something to give, a need to express ourselves which was not necessarily allowed to me in my craftsman’s job. I thus created my own workshop at home in Villeneuve in a lean-to, and I began my work with fibers rather quickly. I postulated for an exhibition in the UTT in 2008 on the theme of the glass, without knowing where I went, and I found myself beside others artists as Jean-François Lemaire and Flavie Serrière Vincent-Petit, and my work was finally well welcomed! But I also continue to restore stained-glass windows, a much more « serious » job, with strict specifications and with operations which draw near to the medicine with sick pieces to treat. « 

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T.C. And where from comes your universe so joyful and a little bit wacky?

 » I prefer cheerful things that sad! My name Loiselet attracted me maybe also towards birds and acrobatics, then one thing leading to another towards the dreams and the poetry. I like to make clean technically, well finished sculptures, but with fancy, and which explode with the colors. I try to give to my glass sculptures, or glass and metal ones, an unstructured balance. Something which can seems rickety but which stands in balance. It ‘s a kind of meaning of life after all, everything remains like that, a little twisted, as a child who learns to walk: he moves forward, he stands, it is near to fall and holds on by keeping a balance. And the color brings a positive vision, there are quite enough sad things, it’s useless to be bored! Even if marrying colors is not necessarily something innate and simple…

I always begin with small sketches which quickly come and that I enlarged to keep all the energy of the drawing, its nervousness, and restore it in sculpture. The sketch lasts 5 seconds and later I have to reflect the sculpture in the space, with all the graphic work and finally the color, it’s a whole set. I even go as far as giving names to my sculptures to create to each their own history: Croc mi-Croc moi, Malabar Circus, Clownabec…

But contrary to the paint with glass mistakes is forbidden: we prepare, we cooked, and that’s finish! It can sometimes split one week after the cooking, I try to master technical a maximum to go to the idea wished, but sometimes not wanted things can happened… Making errors make us move forward in the technique too. « 

 

T.C. And you have planned exhibitions? In this beautiful workshop in particular?

 » The workshop is not opened yet, it is still in works, but it is planned. For the openings of workshop in March, I shall expose at my friend Julien Martin workshop, with Olivman, and fifteen days later I will receive them in my workshop with Delphine Regneault, who works the wire. There will be also Astrid Jo, and Patrick Guérin, who plays with Olivman, to bring a musical atmosphere. I have to stop tidying up and to end some finished, but it’s in progress.
I expose otherwise to the Cube from 8 till 11 February on the occasion of the Show of art professions on the theme  » In the course of the Glass « , in Troyes. I have to hurry to finish my sculptures moreover! In fact I always worked in the urgency, when I exposed to the Artes gallery in 2012 I needed fifteen sculptures and 3 months before I had only three… I was still working in the workshop Vinum at this moment, but I put myself above on all my spare time. Last week I slept 5 hours, at the end I was cooked, but I finally returned my 18 art pieces ! « 

 

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